Enquête APF sur l’aidant familial : un pas vers une reconnaissance ?

 

L’aidant familial

On compte aujourd’hui 8,3 millions d’aidants familiaux en France. La moyenne d'âge est de 55 ans. Ce sont majoritairement des femmes (74,3%[2]). Ils sont, dans la plupart des cas, les ascendants (à hauteur de 56%) ou les conjoints des personnes aidées (32,7%).

D’autre part, 76,6% des aidants familiaux ayant répondu à l’enquête vivent en couple et plus de 9 sur 10 cohabitent avec la personne aidée dont un quart de façon discontinue (week-end, vacances en famille) etc.

Charge horaire & caractère multidimensionnel

Être le proche d’une personne dépendante représente une charge horaire importante. En effet, celle-ci s’élève à plus de 40h/semaine pour un tiers des répondants. Pour 13%, cela occupe même la quasi totalité de leur temps. De plus, cette situation dure en moyenne plus de 16 ans ! Pour autant, moins de la moitié des aidants interrogés ont pu recevoir une aide professionnelle.

Certaines aides doivent être apportées quotidiennement : 64 % des  sondés soutiennent leur proche dans la réalisation des tâches domestiques, 62 % pour l'hygiène, 52 % assurent un soutien moral et 44 % s’emploient à la surveillance de l’état de santé de leur proche (épilepsie, prise de médicaments...). Quant aux aides hebdomadaires, elles concernent l'accompagnement à la vie sociale (28 %), lors des visites médicales (21 %) et des démarches administratives (20 %).

Répercussions sur la qualité de vie de l’aidant :

Sur le plan professionnel :

Cette étude met en lumière la difficulté de concilier rôle d’aidant et vie professionnelle : la moitié des personnes interrogées confessent que ce rôle a été, ou est, compromettant pour leur carrière professionnelle.

L’étude révèle ainsi que seuls 38% des répondants exercent aujourd’hui une activité professionnelle. En outre, parmi les aidants qui travaillent ou qui ont travaillé par le passé 41% ont été dans l’obligation d’aménager leur temps de travail:

  • Flexibilité des horaires (47 %)
  • Renoncement à des opportunités de carrière (42 %)
  • Passage à temps partiel (37 %)
  • Départ anticipé à la retraite (25 %)
  • etc.

Le sentiment d’avoir mis sa carrière de coté est une conséquence directe de la charge (plus ou moins lourde) associée à son rôle d’aidant.

Parmi ceux sans emploi, la majeure partie déclare avoir été contrainte de cesser son activité du fait de ces charges.

Aujourd’hui des droits existent pour les proches aidants. Pourtant, lorsque l’on s’aperçoit que seuls 7 % ont utilisé des congés prévus à cet effet, il apparaît clairement un manque de communication et d’information sur le droit des aidants.

Sur le plan personnel :

Lorsque l’on demande aux interviewés de citer ce qui leur manque le plus, « du temps libre pour soi» est la phrase qui revient le plus souvent. Viennent ensuite le soutien moral, les moyens financiers, le bien-être moral, et la vie sociale, familiale et professionnelle.

L’étude a révélé des impacts importants de la charge horaire consacrée à l’aidé sur la vie sociale et la santé physique (80% des répondants se disent concernés), sur le sommeil et la santé psychique (plus de 73%), les ressources financières et la vie familiale (70%), ainsi que sur la vie sentimentale (62%). L’AFP prouve donc que ce rôle a des répercussions directes sur leur « qualité de vie »[3]. D’autant plus que 23% attestent suivre un traitement médical suite à des maux physiques ou psychiques, dus à leur rôle d’aidant.

Pour une reconnaissance spécifique de nouveaux droits

L’enquête confirme les conséquences lourdes de la qualité d’aidant dans les domaines de la vie familiale, professionnelle ou encore personnelle. Elle démontre que la multiplicité des charges prend énormément de temps et s’inscrit dans la durée. Et malgré tout cela, le manque d’information, de formation ou d’aide professionnelle reste clairement notable.

Les résultats de cette enquête sont une source fiable permettant de formuler des revendications destinées à obtenir une meilleure qualité de vie pour les aidants familiaux. L’APF demande une reconnaissance du rôle de l’aidant afin :

  • D’encourager la  mise en place d’une allocation avec des paliers pour une véritable compensation financière
  • De dégager un crédit de temps rémunéré pour du temps de répit
  • De développer un crédit de formation
  • Et enfin de procéder à une évaluation régulière de la situation d’aide.

Ces droits permettraient une meilleure conciliation de la vie d’aidant familial avec leur vie professionnelle et sociale.


[1] APF : Association des Paralysés de France

[2] Chiffres correspondant  à ceux des études de la DREES (Direction de la Recherche des Etudes de l’Evaluation et des Statistiques)

[3] D’après la définition donnée par l’OMS, Qualité de vie: « C'est la perception qu'a un individu de sa place dans l'existence, dans le contexte de la culture et du système de valeurs dans lesquels il vit en relation avec ses objectifs, ses attentes, ses normes et ses inquiétudes. C'est un concept très large influencé de manière complexe par la santé physique du sujet son état psychologique, son niveau d'indépendance, ses relations sociales ainsi que sa relation aux éléments essentiels de son environnement. »

Si vous desirez en apprendre plus, l'enquête complète est à votre disposition ci-joint.