Objets connectés : Quel intérêt dans la relation aidant-aidé ?

Senior et objets connectés

Tensiomètres, détecteurs de chute et d’activité, et même robots de compagnie, les objets connectés sont en passe d’envahir notre quotidien. Pour quels bénéfices et quels risques? Les réponses de Pascal Brunelet directeur de la société Linkcare et président de la Silver Valley, regroupement d’acteurs de l’économie dédiée aux seniors.

Tensiomètres, détecteurs de chute et d’activité, et même robots de compagnie, les objets connectés sont en passe d’envahir notre quotidien. Pour quels bénéfices et quels risques? Les réponses de Pascal Brunelet directeur de la société Linkcare et président de la Silver Valley, regroupement d’acteurs de l’économie dédiée aux seniors.

Les médaillons de téléalarme, tout le monde connaît ou presque : le médaillon ou la montre sont reliés à une plate-forme dédiée ou au téléphone de l’aidant et, en cas de problème, la personne âgée ou dépendante, appuie sur le dispositif pour alerter. Sur ce principe désormais « ancien », de nombreux objets sont actuellement développés. « Aujourd’hui, il est possible de détecter la fumée et le gaz dans l’environnement de la personne, mais aussi grâce à des systèmes de capteurs, savoir si elle a chuté, si elle est au sol, si elle bouge et, par système de géolocalisation, où elle se trouve, si elle a, par exemple, quitté un périmètre préalablement défini. », explique Pascal Brunelet. « Mieux, la gestion de la signature électrique des objets permet d’identifier quel type d’équipement a été utilisé. ». L’intérêt ? « Si par exemple votre maman a l’habitude de se lever à 7h30 et d’allumer la cafetière électrique à 8h, mais qu’à 9h rien ne s’est passé, vous pouvez être prévenu et appeler ou vous déplacer pour vous assurer que tout va bien. A partir de données très stables de vie quotidienne, il est ainsi possible de d’anticiper, de prévenir et au final de rassurer aussi bien les aidants que les personnes aidées. »

L’informatique permet d’aller encore plus loin : par exemple, à partir de l’analyse de la marche, la façon dont la personne pose son pied par terre, il va bientôt être possible de prédire les risques d’AVC ou de crise cardiaque. En effet, les gériatres se sont rendu comptes que les modifications des mouvements du pied étaient prédictives d’accidents cardiovasculaires. De même, l’analyse des données de vie comme les sorties, ou le temps passé au lit peut alerter sur un risque de syndrome de glissement ou de dépression.

 

Un dialogue facilité avec le médecin ?

En principe, les objets connectés pourraient permettre un meilleur suivi de la santé de votre proche. Comment ? Simple : des paramètres biologiques comme la tension, le pouls, la température, le poids ou le taux de sucre dans le sang peuvent être récoltés par des objets dédiés, reliés à des applications téléchargeables sur vos téléphones, tablettes ou ordinateurs, ou ceux de votre médecin. En cas d’anomalie, celui-ci pourrait donc être alerté. Il pourrait également récolter régulièrement les données pour vérifier que tout va bien et éviter ainsi une consultation. « Ce type d’équipement permettrait non seulement une meilleure communication entre les différents soignants, mais aussi des économies pour le système de santé. Aujourd’hui il existe pourtant des freins à l’utilisation de ses technologies », souligne Pascal Brunelet.  « D’une part, tout le territoire n’a pas encore accès à une connexion Internet, d’autre part,  les médecins rechignent à s’équiper et ne savent pas comment faire payer ces consultations à distance, ni les analyses de données informatiques du patient. » Toutefois, ces freins devraient finir par être levés dans la mesure où « La mise en œuvre de la révolution numérique en santé pour abolir les distances » est l’un des quatre axes développés par le ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzin dans son « Plan pour l’égal accès aux soins dans les territoires ».

Autre avantage de ces objets : le partage possible des données entre plusieurs intervenants auprès d’une même personne. A condition bien sûr, que la sécurisation des données de santé soit parfaite. « Cette sécurisation est aujourd’hui garantie par un label « Hébergeur de données de Santé » rassure Pascal Brunelet.

De plus, certaines innovations améliorent l’observance des traitements. C’est le cas notamment des piluliers électroniques remplis par le pharmacien ou l’aidant, et qui s’allument ou sonnent au moment des prises de médicament. Un vrai plus pour celles et ceux dont la mémoire décline.

 

Une meilleure sécurité même en Ehpad

On pourrait penser que ces objets sont réservés à des personnes vivant seules à domicile. Il n’en est rien. Des détecteurs de chutes aux verres connectés qui préviennent la déshydratation en calculant les quantités de liquide ingérées, en passant par la peluche robot qui apaise les personnes souffrant de maladie d’Alzheimer, la technologie s’invite également dans les Ehpad et hôpitaux gériatriques. Une façon de déshumaniser les soins ? Ce n’est pas l’avis de Pascal Brunelet. « Je pense qu’au contraire, ces innovations délestent le personnel soignant des tâches répétitives, et libèrent donc du temps pour un vrai lien avec les patients. Prenons l’exemple des rondes de nuit : si tous les patients bénéficient d’un détecteur de chute, l’infirmière de nuit n’a plus à faire la ronde pour s’assurer dans chaque chambre que tout va bien, puisque, en cas de problème, elle sera automatiquement alertée, elle peut donc se permettre de passer du temps à rassurer un patient angoissé. ».

Reste à savoir si le Big Data (analyse des données implicitement envoyées par vos appareils connectés) ne découle pas sur le risque d’une société « Big Brotherisées » où nos aidés seraient perpétuellement sous surveillance. Une vraie question éthique qui repose l’éternel débat entre la sécurité et la liberté individuelle : jusqu’où renoncer à l’une pour garantir l’autre ?