Mon proche peut-il encore conduire ? Conducteur âgé ou handicapé, comment gérer la situation ?

Conducteur âgé ou handicapé comment gérer la situation ?

En France, contrairement à d’autres pays européens, le permis de conduire est attribué à vie. Pourtant certains handicaps ou maladies peuvent vous sembler incompatibles avec le fait que votre proche prenne le volant. Comment agir pour garantir sa sécurité et celles de ceux qui partagent sa route? Nos réponses avec le Dr Dominique Richter président du Syndicat des médecins du permis de conduire (SMACMAC)

En France, contrairement à d’autres pays européens, le permis de conduire est attribué à vie. Pourtant certains handicaps ou maladies peuvent vous sembler incompatibles avec le fait que votre proche prenne le volant. Comment agir pour garantir sa sécurité et celles de ceux qui partagent sa route? Nos réponses avec le Dr Dominique Richter président du Syndicat des médecins du permis de conduire (SMACMAC)

Le médecin traitant peut-il interdire à mon proche de prendre le volant?

Non. Que votre parent ou conjoint souffre d’une DMLA (Dégénérescence maculaire liée à l’âge), d’une maladie d’Alzheimer à un stade sévère ou d’une sclérose en plaque avancée, le médecin n’a pas le pouvoir de lui retirer son permis de conduire. Il lui est même interdit de le dénoncer à l’assurance ou aux autorités afin qu’elles l’empêchent de prendre le volant. Il peut juste l’informer que son état de santé est incompatible avec la conduite et qu’il serait prudent qu’il s’abstienne. Tout dépendra donc de sa force de persuasion et des relations de confiance tissés entre patient et praticien.

 

Qui assure un conducteur malade ou handicapé ?

L’assurance continue-telle à prendre en charge mon parent même s’il est malade ou handicapé? Oui, à partir du moment où une personne est titulaire du permis de conduire, elle peut faire assurer un véhicule à son nom.

 

Aucune loi ne protège donc les conducteurs contre une perte de leurs capacités ?

Si, mais c’est aux familles ou à l’entourage d’alerter les autorités. Si vous estimez que le permis de conduire doit être retiré, par exemple, à votre père souffrant de désorientation, à votre mère après son AVC ou à votre conjoint(e) parce que ses crises d’hypoglycémie risquent de lui faire faire un malaise à tout moment, vous devrez saisir le préfet de votre département. Il convoquera alors votre proche afin qu’il soit examiné par un « Médecin du permis de conduire ». Ce professionnel dûment mandaté donnera alors son avis et le préfet statuera sur le retrait ou non du permis de conduire.

Comment éviter le traumatisme d’une telle démarche?

Cette démarche est en effet traumatisante. La voiture reste, surtout pour les générations des « seniors », un symbole d’autonomie et parfois de puissance. Renoncer à conduire peut être alors très douloureux et représenter une réelle blessure narcissique. C’est ainsi que l’on rencontre parfois dans les familles de véritables escalades : le conducteur déniant une incapacité qu’il ne peut penser tant elle met à mal son estime de soi, l’entourage s’opposant de plus en plus ouvertement à lui, renforçant par là même les comportements de déni et de fuite.

Lorsqu’une telle situation s’installe, l’interdiction frontale de conduire est rarement la bonne solution. Mieux vaut négocier : proposer de laisser à son proche le volant sur des petits trajets, de jour, qu’il connaît bien et l’inciter à passer la main sur les longs voyages ou les épisodes plus stressants (conduite de nuit, dans les embouteillages etc), faire en sorte qu’il soit toujours accompagné, montrer, lorsqu’elles existent, les alternatives via les transports en communs.

Dans le cas de maladie d’Alzheimer, certains petits mensonges peuvent être également utiles, pour protéger l’image de la personne : dire que la voiture est en panne, ou qu’elle n’est plus assurée, permet à votre proche de se défaire progressivement de l’envie même de conduire.

 

Existe-t-il un âge limite pour conduire ?

Non en France, le permis de conduire, on l’a vu, est attribué à vie et nulle visite médicale ne vient régulièrement vérifier nos aptitudes à la conduite. De fait, les spécialistes de la sécurité routière s’accordent à le dire, les plus de 75 ans ne sont pas les plus dangereux sur la route, et s’ils sont les plus nombreux à y mourir, c’est majoritairement en tant que piétons. Pas de raison donc, a priori, d’empêcher ses parents âgés de prendre leur voiture, surtout qu’elle est, en plus, dans de nombreuses régions, un outil indispensable pour lutter contre l’isolement.

 

Quelles précautions à prendre pour les conducteurs âgés?

S’il n’y a pas de limite d’âge à la conduite, il existe bel et bien une baisse des capacités sensorielles  avec l’âge (vue, ouïe, réflexes). Il est donc conseillé d’adapter sa conduite à ses petites défaillances :


‒ éviter de conduire fatigué, stressé ;
‒ vérifier que ses médicaments sont bien compatibles avec la conduite (regardez les triangles de différentes couleurs sur les emballages de médicament : une voiture dans un triangle  rouge signifie qu’il faut éviter de prendre le volant). N’hésitez pas à demander conseil àvotre médecin traitant ou à votre pharmacien ;
‒ redoubler de vigilance la nuit et sous la pluie, lorsque la visibilité est réduite ;
‒ se méfier du soleil : avec l’âge, le temps de récupération après un éblouissement est plus important ;
‒ être accompagné et ne pas hésiter à laisser le volant en cas de fatigue.


En cas de doute quant aux capacités de la personne n’hésitez pas à faire une demande de visite médicale pour le permis de conduire.

 


Quels aménagements utiles pour la voiture, pour les seniors et les conducteurshandicapés ?

Il existe de nombreux aménagements pour continuer à rouler malgré le handicap : mini volant pour réduire les mouvements, télécommande au volant pour les personnes hémiplégiques ou amputées d’un membre, frein de parking électrique commandé depuis le volant, rétroviseur à grand angle double pour surveiller les angles morts…


Si votre proche est handicapé, renseignez-vous à la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), il est possible d’obtenir des aides pour aménager le véhicule.

 

 

En savoir plus: 

https://informations.handicap.fr/art-conduite-transports-17-569.php,  pour connaître les aides possibles à l’aménagement du véhicule.
https://www.preventionroutiere.asso.fr/wp-content/uploads/2016/04/APR_Se..., un guide réalisé par la Prévention Routière à destination des conducteurs seniors.