AIDANTS : SE FAIRE AIDER C’EST LA SANTE !

Aidants : se faire aider c'est la santé

C’est un fait : les aidants vivent souvent plusieurs journées en une, surtout lorsqu’ils sont encore en activité. Résultat : non seulement stress et fatigue s’accumulent mais, en plus, tout occupés de la santé de leur proche, ils ont tendance à négliger la leur. Avec le Dr Pascal Fau-Prudhomot, médecin du travail et membre du comité scientifique de la Journée des Aidants, voici quelques conseils pour mieux prendre soin de soi en trouvant les bons soutiens.

C’est un fait : les aidants vivent souvent plusieurs journées en une, surtout lorsqu’ils sont encore en activité. Résultat : non seulement stress et fatigue s’accumulent mais, en plus, tout occupés de la santé de leur proche, ils ont tendance à négliger la leur. Avec le Dr Pascal Fau-Prudhomot, médecin du travail et membre du comité scientifique de la Journée des Aidants, voici quelques conseils pour mieux prendre soin de soi en trouvant les bons soutiens.

Les aidants familiaux négligent-ils leur santé

A l’ACMS (Association interprofessionnelle des Centres Médicaux et Sociaux de santé au travail de l’Île-de-France), nous avons mené une étude auprès d’un échantillon de 160 salariés aidants : un tiers d’entre eux déclarait ne plus consulter son médecin traitant aussi souvent qu’avant. Or, même s’il s’agit d’une lapalissade, il faut le rappeler : un bon aidant est d’abord un aidant vivant et en bonne santé. Il est donc important de prendre du temps pour voir ne serait-ce qu’une fois par an son médecin traitant, faire vérifier sa tension, ses paramètres biologiques (cholestérol, diabète).  De même, éviter de négliger les dépistages recommandés : la mammographie, le frottis, la coloscopie par exemple.

Le médecin du travail peut être un interlocuteur privilégié. Tenu au secret professionnel, il est en première ligne lorsque les aidants, encore en activité, n’en peuvent plus. Il peut non seulement aider la personne à prendre conscience de son épuisement mais aussi l’orienter vers des solutions ou des personnes ressources, voire même vers des aménagements de poste, en appuyant par exemple, des demandes d’horaires adaptés.

 

Faut-il insister sur le fait de prendre du temps pour soi ?

Oui bien sûr, parce qu’il est fondamental -et ce n’est pas uniquement vrai pour les aidants-d’avoir une vie personnelle. Contrairement à ce que l’on pense, l’égocentrisme dans une certaine mesure est une valeur positive qui contribue à l’autoconservation. Cependant, à mon avis, les conseils de type « prenez du temps pour vous », « faites de la marche, du yoga »,  s’ils sont judicieux, ne sont pas forcément audibles par des aidants débordés. Mieux vaut leur donner des pistes pour qu’ils apprennent à trouver de l’aide aussi bien en terme financier qu’en terme d’aides humaines pour qu’au final, ils parviennent à se sentir moins oppressés. Des solutions existent aussi bien dans le champ social que dans le champ professionnel, s’il s’agit de salariés.

 

Quelles sont-elles ?

D’abord, je conseillerais de bien connaître la loi. Par exemple, le texte de 2015 relatif à l’adaptation de la société au vieillissement (loi dite "loi ASV"), donne aux aidants un certain nombre de droits supplémentaires. Évidemment il ne s’agit pas d’une panacée, les effets de plafond et de seuil sont tels que les aides sont au final limitées, mais elles existent. Ainsi le congé « proche aidant » a été porté à 3 mois renouvelable jusqu’à 1 an. Certes, aucun salaire n’est versé pendant ce temps, mais tout de même c’est un progrès par rapport aux 15 jours auxquels les personnes avaient droit auparavant, et cela peut permettre de faire face à une situation qui sinon semblerait ingérable.

D’autre part, connaître la loi permet de poser les bonnes questions, de sonner aux bonnes portes.

 

Les aidants se sentent en effet souvent isolés avec leur problème, ce qui représente une part importante de leur mal-être. Vers qui par exemple peuvent-ils se tourner ?

Vers les  associations d’aidants par exemple. A l'instar des associations de malades, elles sont des ressources intéressantes pour trouver de l’information, échanger avec d’autres sur les bonnes pratiques, les solutions qui fonctionnent, sortir justement de l’enfermement dans lequel on peut avoir l’impression de se trouver lorsqu’on s’occupe d’un enfant handicapé, d’un conjoint malade ou d’un parent âgé dépendant. Les aidants professionnels sont eux aussi indispensables qu’il s’agisse d’auxiliaires de vie, ou d’aide soignantes.

Dans le champ professionnel également, des aides sont possibles : le médecin du travail, nous en avons parlé, l’assistante sociale de l’entreprise, ou, dans les grandes sociétés la Mission Handicap de l’entreprise qui, contrairement à ce que l’on croit souvent, ne s’intéresse pas seulement aux salariés handicapés mais aussi aux proches handicapés des salariés. Les DRH et les représentants du personnel peuvent aussi être sollicités pour trouver des solutions. Des dispositions législatives peuvent aussi constituer des avancées. Ainsi l’une des ordonnances Macron concerne le télétravail : elle inverse la façon de le considérer. Avant il fallait que le salarié prouve qu’il pouvait assumer sa charge en travaillant chez lui. Désormais c’est le contraire : c’est au dirigeant de prouver qu’il n’est pas possible de produire le même travail à partir du domicile. Pour les aidants familiaux, ce peut être une solution intéressante.

Il ne faut pas hésiter à demander. Dans l’étude que nous avons menée, il est apparu que 80% des aidants ne touchaient aucune allocation spécifique alors qu’ils auraient parfois pu y prétendre.

 

Vous parlez des salariés mais les retraités ?

Plus âgés, ils sont souvent plus fragiles, et eux aussi ont des droits qu’ils ignorent souvent. Notamment, peu d’entre eux pensent à faire appel à leur caisse de retraite. Or celle-ci n’a pas seulement vocation à verser les pensions, elle possède aussi un versant social : elle peut apporter des aides ponctuelles, de l’information, du soutien.

Pouvoir prendre soin de soi et de sa santé nécessite d’avoir trouvé les appuis, les relais qui permettent de desserrer l’étau que représente parfois le statut d’aidant familial. C’est le message de prévention qu’il faut faire passer.

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