Alzheimer : Mieux communiquer avec la pédagogie sensorielle

Alzheimer : dessins organes

Perte du langage, désorientation, confusion, angoisse… La maladie d’Alzheimer affecte la communication. En apprenant à vous centrer sur les sensations et perceptions de votre proche ainsi que les vôtres, Romola Sabourin, fondatrice de l’Ecole des 5 Sens vous montre comment la Pédagogie Sensorielle peut vous aider à mieux entrer en lien avec lui.

Perte du langage, désorientation, confusion, angoisse… La maladie d’Alzheimer affecte la communication. En apprenant à vous centrer sur les sensations et perceptions de votre proche ainsi que les vôtres, Romola Sabourin, fondatrice de l’Ecole des 5 Sens vous montre comment la Pédagogie Sensorielle peut vous aider à mieux entrer en lien avec lui.

Aller à la rencontre de la personne

«  Sous les oripeaux de la maladie, la personne est toujours là. Elle n’est pas réductible à ses incapacités, ses troubles de mémoire ou son aphasie. D’ailleurs, elle peut avoir des moments plus ou moins brefs où elle est « comme avant » et qui témoignent de cette continuité d’être. », note Romola Sabourin, fondatrice de l’Ecole des 5 Sens[1]. C’est donc à cette personne qu’il faut continuer de s’adresser.

Entrer en conversation demande de l’attention. La communication sensorielle enseigne à s’appuyer sur ses cinq sens. Cela permet d’affiner ses capacités de perception et de se sentir, soi-même, le plus présent possible. Cette disponibilité facilite la rencontre. « Par exemple, une dame souffrant de la maladie d’Alzheimer a, un jour, en montrant un arbre, employé le mot « portefeuille », au lieu d’arbre. Un aidant peu attentif aurait pu lui dire « mais non voyons, tu dis n’importe quoi, c’est un arbre », disqualifiant ainsi la dame. Alors qu’en réalité, qu’est-ce en fait qu’un arbre sinon un « porte » feuilles ? Développer sa qualité de présence et d’écoute permet de pouvoir entendre, au sens de percevoir mais aussi de comprendre ce que cette femme voulait exprimer et ainsi entrer en conversation avec elle. »

Comprendre au-delà des mots

Ces capacités d’attention permettent d’être également plus connecté sur le langage du corps si important pour se rendre compte de ce que ressent la personne lorsque les mots manquent. « Par exemple, une aide soignante en formation avec moi racontait comment elle a pu, avec une résidente qui ne parlait plus, proposer un soin avec l’esthéticienne qui venait dans l’établissement. Elle lui a certes expliqué avec des mots, mais en lui montrant en même temps le flacon de lait pour le visage. La patiente s’est alors appuyée contre le dossier de son fauteuil, tête un peu levée, comme chez l’esthéticienne, avec un grand sourire. L’aide-soignante a alors compris qu’elle était d’accord pour venir et le soin a été un très bon moment. », se souvient Romola Sabourin.

Le ramener du côté de la vie

Les 5 sens peuvent vous aider également à stimuler votre proche, non pas dans un forçage, mais pour le réanimer, l’aider à reprendre goût à la vie. « C’est tout simple, mais faire sentir une fleur, un bon plat, dire à la personne « Regarde le beau soleil ce matin, c’est le printemps. Tu aimes le printemps ?» ou « Goûte ce pain comme il est bon, tu te souviens des tartines que tu me faisais à quatre heures ?  », c’est à la fois prendre en compte la personne, l’inscrire dans la relation, dans son environnement et son histoire, mais c’est aussi raviver en elle des connexions, des souvenirs, le plaisir d’être.

Des exercices simples… en apparence

Les exercices de la pédagogie sensorielle apprennent à utiliser au maximum le toucher, l’odorat, le goût, l’ouïe et la vue. Des  exemples ?
Essayez de discriminer toutes les odeurs que vous percevez là, maintenant. Nommez-les, qualifiez-les : sont-elles agréables ou pas ? A quoi font-elles penser ? Quels souvenirs réveillent-elles ?
A propos de l’odorat, vous pouvez, par exemple, en revenant du marché, rapporter quelques bouquets d’herbes aromatiques et proposer à votre proche « Tiens, sens : reconnais-tu ce parfum ? Tu aimes ? Qu’est-ce que cela t’évoque ? A ton avis, dans quel plat pourrions l’ajouter ? »
Un autre exemple serait de profiter d’un moment où vous êtes dans la cuisine avec votre parent au moment de préparer le repas, sortir le panier à légumes, et lancer la conversation : « Cela te ferait plaisir de m’aider ? Passe-moi les carottes, de quelles couleurs sont-elles ? Tu sens comme elles sont fraîches ? Oh regarde les haricots verts, à ton avis ils sont croquants ? Touche pour voir s’ils se cassent facilement.» , etc.

Ces moments de partage et de plaisir, sont l’occasion pour la personne de se centrer sur ses perceptions, et, dans le même temps, de faire travailler sa mémoire, son habileté manuelle et langagière, de reprendre vie dans la vie quotidienne, de se sentir vivant.

Nous connecter sur nos 5 sens permet de comprendre comment ils fondent notre façon de recevoir et de concevoir le monde, bâtissent nos représentations intérieures et influent sur nos liens. Ils déterminent trois types de relations :

  • la relation moi/moi pour la qualité de perception et de présence à soi-même,
  • la relation moi/l’autre pour l’aptitude à être vraiment là pour l’autre et le comprendre,
  • la relation moi/les autres pour se rendre disponible à ce qui se présente dans un groupe.

Une technique qui aide à mieux aider mais aussi à être plus à l’écoute de ses propres limites.

 

[1] www.5sens.com le site de l’association Points Communs-Ecole des 5 sens sur lequel vous trouverez des renseignements sur les ateliers pour connaître la Pédagogie Sensorielle.