Quelle attitude face au suicide des personnes agées ?

Personnes âgées : femme désespérée

Le suicide des personnes âgées n’est pas rare. Il est même plus courant que chez les adolescents et aboutit plus souvent au décès. Autant dire que, si votre proche déclare son envie d’en finir, il doit être entendu et pris en compte. Comment réagir? Les réponses de Marguerite Charazac-Brunel, psychanalyste et expert auprès de la cour d’Appel de Lyon auteur de l’ouvrage « Le suicide des Personnes âgées » aux éditions Eres et « Le couple et l’âge » chez Dunod.

Le suicide des personnes âgées n’est pas rare. Il est même plus courant que chez les adolescents et aboutit plus souvent au décès. Autant dire que, si votre proche déclare son envie d’en finir, il doit être entendu et pris en compte. Comment réagir? Les réponses de Marguerite Charazac-Brunel, psychanalyste et expert auprès de la cour d’Appel de Lyon auteur de l’ouvrage « Le suicide des Personnes âgées » aux éditions Eres et « Le couple et l’âge » chez Dunod.

« Dire que l’on veut en finir est toujours le signe d’une souffrance qu’elle soit psychique ou physique. », constate Marguerite Charazac-Brunel. Il est donc important de  prendre cette parole au sérieux.

« Il ne faut pas hésiter questionner très directement à son proche ; « As- tu  envie de mourir? ». Même si la personne répond « non, pas vraiment », il convient de rester vigilant car cette menace n’est jamais brandie à la légère. Si elle répond « oui », il est important d’essayer de la faire parler des motivations qui l’agissent. » En effet, même s’il existe des facteurs déclenchants comme le décès du conjoint ou très souvent l’entrée en EHPAD, le changement de cadre de vie, de repères affectifs, la dépression et le passage à l’acte suicidaire sont toujours plurifactoriels. Le désir de mourir peut  s’originer dans des souffrances anciennes, réactivées par le vieillissement.

Quatre degrés d’urgence

Si la parole est centrale, elle ne doit pas faire oublier qu’il existe une réelle menace de mort. C’est pourquoi il est important de savoir évaluer le risque de passage à l’acte afin de pouvoir réagir. Marguerite Charazac-Brunel indique ainsi quatre niveaux d’urgence face à une personne évoquant le suicide.

La « banale » idée du suicide

Elle traverse chacun d’entre nous, à un moment ou l’autre de son existence lorsque celle-ci devient trop difficile. Pour autant elle reste en-deça de l’action. « Par exemple la personne peut dire qu’elle aimerait mourir mais qu’elle ne passera pas à l’acte car elle a des convictions religieuses ou qu’elle aime trop ses petits-enfants,  ». 

Le désir de mourir

La personne peut parler alors du désir « que tout s’arrête », ou « de se coucher et ne plus se réveiller », ou aller retrouver les êtres chers décédés. Elle a des représentations de ce qu’est la mort pour elle.

La programmation

La personne a réfléchi à la façon de planifier son suicide : par exemple elle a rassemblé des médicaments, est allée chercher une corde, ou le fusil de chasse.

La détermination

A ce stade, la personne peut paraître étrangement calme, désaffectée. Le graphisme de son écriture peut révéler sa mélancolie : « lignes descendantes et signature barrée » . Elle peut dans ces moments, se dépouiller de ce à quoi elle tient le plus. « Elle peut par exemple décider de donner son chat ou son chien, ou tout autre objet investit au quotidien »

Comment réagir?

La menace de suicide n’est pas à prendre à la légère et demande une réponse authentique qui convoque notre propre rapport à la mort et à la finitude. « Notre société, axée dans une culture de mort,  tend à considérer les individus en fonction de leur capacités comportementales, et en déniant leur intériorité psychique. Ainsi les personnes vieillissantes  tendent à se considérer en fonction de l’image que la société leur renvoie :  comme des êtres inutiles, couteux pour leur entourage. Le suicide devient la réponse à ce qui ne peut se penser. Et l’on arrive à à ce propos  de Noëlle Chatelet dans la « Dernière leçon » : « La plus belle leçon que m’a donné ma mère, c’est son suicide. » ».

Face à ce constat, Marguerite Charazac-Brunel propose d’oser entendre le désir de mort et la souffrance. Non pas pour l’accepter et l’accompagner. Mais, au contraire, pour comprendre ce qui est en jeu : la souffrance physique , mais aussi psychique , la solitude, le sentiment de ne plus compter pour personne, peut être aussi un secret que l’on veut emporter dans la tombe, ou simplement la réduction du futur à  la mort.

Dans cette écoute, l’aidant ne doit pas être seul. « Quand il y a un danger éminent de passage à l’acte, dans les phases 3 et 4 décrites plus haut, il faut absolument que la personne soit prise en charge et hospitalisée dans une structure adaptée. Ce qui n’est pas toujours facile car les places manquent. Un traitement à base de tranquillisants et antidépresseurs peut être prescrit. Mais la prise en charge par un traitement médicamenteux ne doit pas remplacer la parole. Un accompagnement au cours d’une prise en charge par une  psychothérapie analytique qui prend en compte l’intériorité psychique et les rêves allège les angoisses et la dépression. Car, dans tous les cas, même ceux qui ne demandent pas d’hospitalisation, la personne âgée doit pouvoir parler de son intériorité, de sa vie psychique, de ses désirs, de ses rêves qu’elle a si peur de voir s’effacer. » Petit à petit dans cette relation particulière qui se noue entre thérapeute et patient, et avec l’aide de l’entourage, elle pourra se reconstruire, et  quel que soit son âge recommencer à imaginer des projets, à prendre plaisir à l’échange et à la relation. A vivre pleinement le temps qui lui reste.

Que peut faire l’aidant face au refus d’une psychothérapie ?

C’est une attitude fréquente, il existe des réticences et des résistances à consulter un "psy" et pas seulement chez les personnes âgées. 

Pour ne pas se retrouver seul face à l’angoisse de son proche, l’aidant pourra se tourner vers  le médecin traitant. En effet, parmi  les bonnes pratiques recommandées par la Haute Autorité de Santé, l’orientation vers une psychothérapie est conseillée en cas de prescription d'antidépresseurs. Jusqu'à ces 20 dernières années, certains médecins se disaient parfois qu'"à cet âge ce n'est plus la peine de commencer une thérapie". Mais cette attitude a changé : le développement de la psychogériatrie, la présence de plus en plus fréquente de psychologues en maison de retraite en témoignent. 

Car l'aidant ne peut pas être le psy de son parent. L'écoute du psy est thérapeutique parce que neutre, il peut se décaler et permettre à son patient de se déprendre de ses angoisses et ses conflits précisément parce que lui n'est pas pris dedans, ce qui n'est pas le cas d'un proche. De plus, avec un conjoint ou un enfant, la personne aura des réticences à se confier : elle aura peur de le blesser, le choquer, de modifier son image, par exemple ou au contraire, plus ou moins consciemment cherchera à régler des comptes.

Le rôle de l'aidant, se situe du côté de l'affectif, il renforce le narcissisme de la personne : en lui disant qu'il l'aime, qu'il tient à elle, mais aussi en la touchant, la regardant (pour beaucoup de vieilles personnes, cette communication non verbale et tendre agit comme un vrai baume), en prenant en considération sa parole.