L’enfant face à la mort

L’enfant face à la mort : petite fille triste

Perdre son père ou sa mère est une épreuve à tout âge. Mais cette perte, lorsqu’elle survient dans l’enfance, peut colorer d’une façon particulière la façon de grandir et de se construire. Comment aider un enfant à traverser le deuil ? Des professionnels nous répondent.

Perdre son père ou sa mère est une épreuve à tout âge. Mais cette perte, lorsqu’elle survient dans l’enfance, peut colorer d’une façon particulière la façon de grandir et de se construire. Comment aider un enfant à traverser le deuil ? Des professionnels nous répondent.

Les phases du deuil que votre enfant sera amené à traverser sont proches des vôtres : sidération (le choc), colère, tristesse, destructuration et, peu à peu, acceptation, reconstruction. Comme vous il aura son propre rythme pour les vivre. Il existe toutefois une différence qui tient à sa maturité psychique : il n’a pas les mêmes capacités de représentations ni le même rapport au réel que vous. « Pour être synthétique, explique Marie Tournigand, assistante sociale, et présidente de l’Association Empreintes, ex-Vivre son Deuil[1], il existe chez les enfants trois croyances par rapport à la mort, que les adultes doivent avoir en tête pour comprendre certains comportements, certaines questions et bien accompagner l’enfant :

  • La mort n’est pas naturelle, ce qui implique que quelqu’un la donne et qu’éventuellement l’enfant peut se sentir responsable
  • La mort est réversible, provisoire : papa ou maman va revenir
  • La mort est contagieuse : si quelqu’un peut mourir, cela veut dire que chacun peut mourir et donc moi aussi je peux mourir. »

Des représentations différentes pour chaque âge

A ces croyances s’ajoutent, pour chaque étape de son développement, des capacités de représentation, des théories, des pensées différentes.

  • Avant 3 ans.

« Les tout-petits sont centrés sur la satisfaction de leurs propres besoins physiologiques et affectifs. », note Marie Tournigand. « Le plus important est qu’il existe une continuité dans les soins. Toutefois l’enfant percevra la tristesse, l’absence du parent, la déprivation (c’est-à-dire un avant et un après dans son environnement). Sa façon d’être en deuil passera par des changements le comportement : pleurs (rarement),, le sommeil, l’appétit, la façon de réclamer la présence d’adulte. Même lorsqu’il est trop petit pour parler, il est important de mettre des mots sur ce qu’il vit. »

  • De 3 à 5 ans.

« L’enfant commence à prendre conscience de la séparation. Pour lui, la mort est une séparation comme une autre, mais il ne la pense pas encore irréversible. C’est pourquoi il est important de ne pas dire « maman est au ciel », ou « elle est partie »,mais d’utiliser des termes précis : elle est morte, elle repose dans le cercueil ou au cimetière. »

  • A partir de 6 -7 ans.

« La mort devient réalité », poursuit Marie Tournigand. « L’enfant commence à poser des questions comme « Il est mort pour la vie ? ». A cet âge la mort peut également être personnalisée par des squelettes, des fantômes, etc. »

Par ailleurs, en phase œdipienne (l’âge où les enfants aspirent classiquement à épouser le parent du sexe opposé), la disparition du parent du même sexe peut déclencher de très grandes culpabilités, il peut penser être la cause de la mort. Il est important d’insister sur le fait qu’une pensée ne peut pas tuer quelqu’un.

Grandir malgré tout

« Pour nous, le deuil consiste à transformer une relation extérieure en une relation intérieure », explique joliment Marie Tounigand. Faire son deuil n’est ni oublier celui qui est parti, ni nier son chagrin ou sa colère. « C’est comme une cicatrice. Accompagner le deuil, c’est faire en sorte que la perte soit intégrée à l’histoire de l’enfant. » Il ne doit pas être laissé seul face à ce deuil. Des mots doivent être posés, les émotions nommées et éprouvées, les questions entendues. Pas toujours facile pour les parents eux-mêmes en souffrance. Les proches et les associations ont donc leur rôle à jouer pour aider les enfants et soutenir les parents dans leur rôle.

« En moyenne un enfant par classe est orphelin. C’est beaucoup. Cela veut dire aussi que votre enfant endeuillé n’est pas seul. », soulignent Sylvie Pinquier Bahda, secrétaire générale de l’OCIRP et Emmanuelle Enfrein, responsable de la Fondation d’entreprise OCIRP[2]. « Pour lui, rencontrer d’autres enfants comme lui, échanger sur ce qu’il vit avec des pairs ou des adultes que cela ne rendra pas tristes est fondamental pour métaboliser ce drame ». Ce sera pour lui une façon de le rendre pensable.

En savoir plus: 

[1] Empreintes propose des ateliers pour les enfants en deuil de 4 à 12 ans. Chaque atelier regroupe 4 à 6 enfants d’une même tranche d’âge et les accompage sur 6 séances de 2h à 2h30, chacune, le mercredi ou le samedi. Groupe de parole autour d’arts plastiques ces moments permettent d’exprimer et de nommer toutes les émotions liées à la perte, de poser les questions, de s’entraider. Pour les parents d’enfants de moins de 4 ans, des soutiens à la parentalité sont proposés. Pour les adolescents, des rencontres adaptées en 4 dates sont proposés. Enfin, des rencontres parents avec psychologues apportent soutien et informations. http://www.empreintes-asso.com/

Contact : contact@empreintes-asso.com ou par téléphone : 01.42.38.08.08

[2] La Fondation d’entreprise OCIRP (Organisme Commun des Institutions de Rentes et de Prévoyance) soutient plus de 70 projets dans toute la France à destination des enfants et adolescents orphelins (groupes de parole, ateliers d’art-thérapie), et a vocation à devenir un véritable centre ressource consacré à l’orphelinage, par la création de pôles d’expertise permettant de développer la recherche, la formation des professionnels de l’enfance et de l’éducation et la sensibilisation du grand public.  www.fondation-ocirp.fr