L'aidant est il un homme libre ?

Aidant : homme allongé dans l'herbe

Serge Guérin, Sociologue et spécialiste des questions liées au vieillissement de la société et aux enjeux de l'intergénération, nous apporte son éclairage sur la place de l'aidant dans la relation avec l'aidé.

Serge Guérin, Sociologue et spécialiste des questions liées au vieillissement de la société et aux enjeux de l'intergénération, nous apporte son éclairage sur la place de l'aidant dans la relation avec l'aidé.

La notion de choix existe-t-elle chez les aidants ? L'aidant est il un homme libre ?

D'abord l'homme est souvent une femme ! Par ailleurs, la question de la liberté est complexe car entre en jeu la règle de la loi avec les obligations légales envers sa descendance comme son ascendance, mais aussi la morale. Pour autant, on a le droit de ne pas être un aidant même si certaines personnes dénient cette possibilité de choix.

Plus largement, il est passionnant de noter que la notion d'aidant, leur implication et leur influence croissante, vient déconstruire le discours classique sur l'individualisme. La pression idéologique entendant réduire l'être humain à sa seule fonction de producteur et de consommateur, le discours normatif imposant la culture de la compétition et la recherche de l'intérêt personnel comme seul élément du lien social, doivent rendre les armes devant la permanence des aidants. Les aidants, dont 18% soutiennent un proche avec lequel ils n'ont aucun liens institutionnels ou biologiques, prouvent que le don reste un mode de relation à l'autre toujours vivant et actuel.

Quelle est la particularité du lien aidant-aidé ?

Il s'invente au jour le jour. C'est aussi un bricolage où chacun cherche ses marques. Il n'y a pas de solution miracle, de boite à outils complète de la relation, de l'altérité. Les images se brouillent et selon le degré de perte d'autonomie de la personne, la relation est différente.

Parfois l'enfant devient le parent de sa propre mère ou de son propre père. La relation peut être très difficile mais aussi très riche, construisant un lien unique. J'ai eu des témoignages de personnes me disant qu'elles avaient retrouvé leur mère, que jamais elle n'avait eu une telle épaisseur dans la relation.

Pourquoi l'interdépendance est elle difficile à accepter ?

Le discours dominant, postule que chacun est un concurrent, que nous sommes en compétition, que seul les meilleurs pourront tirer leur épingle du jeux et finit par s'incruster dans les têtes. En réalité, ce qui fait une société c'est la conscience de notre interdépendance : j'ai besoin de l'autre d'une façon ou d'une autre. Et demain, peut-être en aurais-je encore plus besoin. C'est ce que nous disent les aidants. La prise de conscience du vieillissement permet de saisir que personnes n'est à l'abri d'une faiblesse. Nous sommes toutes et tous vulnérables à un moment ou à un autre, dans un environnement ou un autre.

Le don, le partage et la solidarité, valeurs portées par les aidants, sont elles des valeurs croissantes dans notre société ?

Nos sociétés sont traversées par des mouvements contradictoires : jamais la défiance pour les institutions n'a été si forte, et jamais la conscience de la proximité à l'autre n'a été aussi dense. Les récentes études, comme celle de l'Ifop pour Le Figaro et Cityzencar, montrent que si pour 79% des Français la confiance est une valeur en déclin, ils sont 98% à avoir confiance en leurs enfants ou 94% en leurs amis. Finalement, la solidarité reste une valeur centrale mais les structures qui la portent paraissent érodées, abimées, rouillées. Les aidants, et le travail de valorisation et de soutien qui est mené, est une borne, une preuve, que rien n'est perdu !

En savoir plus: 

Sources

Interview avec Serge Guérin, 

Professeur à L'ESG Management School

Vient de publier La nouvelle société des seniors, Michalon, 2011

Rédacteur en chef de la revue de recherche en proximologie Réciproques