Dossier : Les portraits d'aidants

Portrait d'aidant - Jacqueline, son quotidien avec la maladie.

Portrait d'aidants quotidien : 2 femmes âgées et une aide soignante

Ce n’est pas Jacqueline qui est malade. Ce sont les autres, ceux qu'elle côtoie tous les jours dans le cadre de son métier : auxiliaire de vie. Un métier, mieux : une vocation; celle de soulager, de soutenir, de donner le sourire et le courage de continuer aux grands malades. Une vocation qui est née avec la maladie de sa mère...

Ce n’est pas Jacqueline qui est malade. Ce sont les autres, ceux qu'elle côtoie tous les jours dans le cadre de son métier : auxiliaire de vie. Un métier, mieux : une vocation; celle de soulager, de soutenir, de donner le sourire et le courage de continuer aux grands malades. Une vocation qui est née avec la maladie de sa mère...

Pendant des années, Jacqueline a travaillé comme assistante dans un cabinet médical. Un travail qui lui a permis de ménager du temps pour sa famille, et plus particulièrement pour ses deux filles. Jusqu'à la dégradation de la maladie de sa mère. Son diabète s'est aggravé comme la maladie d’Alzheimer qui progresse doucement depuis des années.  La conclusion est sans appel, elle ne peut plus rester seule.

Jacqueline, ses frères et ses sœurs réfléchissent à différentes solutions. Aucune ne les satisfait. Au fond, Jacqueline ne peut pas imaginer qu'un étranger s'occupe de sa mère. Elle décide alors de la prendre en charge elle-même, et tant pis s'il faut totalement réorganiser sa vie ! Ses frères et sœurs lui proposent de la rémunérer pour faire ce travail d'aide-ménagère auprès de leur mère. Ils vont la payer en chèques emploi service.

Jacqueline arrête donc de travailler au cabinet médical. Désormais, sa seule ambition : être auprès de sa mère, l'assister, la soulager, prendre soin d'elle.

Avec le soutien d’une association de services à la personne, elle fait aussi une demande d’APA pour devenir l'auxiliaire de vie de sa maman. Il lui faudra cinq mois de démarches pour obtenir ce statut. Elle aura présenté un dossier en mairie, puis au conseil général, passé plusieurs contrôles médicaux, assuré plusieurs rendez-vous avec une assistante sociale avant qu'on lui reconnaisse la capacité d'accompagner des personnes malades.

Finalement donc, les choses s'arrangent, se mettent en place. Grâce au soutien familial et à l’APA, Jacqueline peut se consacrer sereinement, à temps plein, à l’accompagnement de sa mère très fragilisée. Cet accompagnement va durer 15 ans. De ces années d’aidante, Jacqueline parle avec émotion.  Elle raconte des années presque heureuses. Il y a eu des moments plus difficiles que d'autres bien sûr, ce triple pontage, sa mère devenue aveugle, mais ni l'une ni l'autre n'ont manqué de chaleur.

Jacqueline ne regrette rien. Et pourtant, pendant toutes ces années, elle a dû mettre sa vie entre parenthèses. C'est à peine si elle avait le temps de voir ses filles. A la fin, elle était disponible 24 heures sur 24 pour soutenir sa mère. Et elle l'accompagnera ainsi jusqu'au bout.

Au décès de sa mère, Jacqueline s'est retrouvée un peu désemparée, épuisée. Que faire après toutes ces années au chevet d'une grande malade ? Alors l'idée prend corps. Elle décide de continuer, avec d'autres. Elle comprend qu'elle a trouvé sa voix : jaime moccuper des personnes, être bienveillante, apporter du bien-être et de la chaleur par de petits gestes dattention.

Jacqueline travaille alors pour une association de services à la personne. Elle se confronte à des pathologies, des caractères, des contextes différents, mais tout lui va. Quand elle parle de son métier, elle n’en trouve pas de plus beau : il faut avoir beaucoup de qualités, à commencer par savoir dialoguer, comprendre, écouter les gens et analyser les différentes situations. Ce métier mapporte beaucoup. Il est varié et demande une grande adaptabilité: ça ne me dérange pas dorganiser des promenades, de moccuper de ladministratif et de faire quelques tâches ménagères. Rester calme, mettre en confiance, sourire, tout est dans le détail pour humaniser la relation. Je trouve que les personnes fragilisées par la maladie, la vieillesse ou le handicap ne sont pas assez soutenues et reconnues par notre société.

Pour Jacqueline, chaque expérience est une source de satisfactions,  de richesses, même si le métier est dur : cest un métier physique. Non seulement, il faut constamment courir après le temps pour être disponible auprès de chaque patient, mais aussi pousser des fauteuils roulants et manipuler des personnes alitées. Il y a des actes que lon ne peut pas faire et que lon ne doit pas faire comme de gros travaux de ménage par exemple.

Comme les auxiliaires de vie ne sont pas payées pendant les séjours d’hospitalisation des personnes aidées, Jacqueline a finalement décidé de se lancer et de se mettre à son compte pour pallier le manque à gagner. Elle a eu raison puisque grâce au bouche à oreilles et aux recommandations des familles d’anciens patients, elle est très sollicitée. Les gens savent qu'avec elle, ils n'engagent pas n'importe quelle auxiliaire de vie : quand je prends en charge une personne,  je fais comme si c’était quelqu'un de ma famille !

A 56 ans, Jacqueline compte bien continuer encore longtemps, avec conviction et enthousiasme : je souhaite pouvoir exercer ce métier le plus longtemps possible, mais aussi profiter de mes enfants et petits-enfants contrairement à toutes ces années passées à aider ma mère et au cours desquelles jai été obligée de laisser ma vie de côté.  Parce que si Jacqueline sait qu'elle a ce pouvoir d'apporter du confort, de la sérénité aux grands malades ou aux personnes en situation de handicap, elle sait aussi que pour faire ce travail sans flancher, il faut qu'elle se ménage du temps pour elle et pour ses proches.

En résumé

Une auxiliaire de vie sociale est chargée d'aider une personne en difficulté, malade ou dépendante, à accomplir les tâches et activités de la vie quotidienne. Elle lui apporte également un soutien moral dans sa vie de tous les jours.

Le conseil de Jacqueline

Prenez le temps d’écouter et dobserver ! Lauxiliaire vient en plus mais nest pas à la place de laidant familial. On devient aide à domicile ou auxiliaire de vie parce quaider les plus faibles est important, voire vitale pour nous.

Et vous ?

Accepteriez-vous de devenir à la fois aidant et Auxiliaire de vie d’un proche et de cesser toute activité pour vous y consacrer comme l’a fait Jacqueline pour sa mère ?