Portrait d'aidants - Aidant et Accueil Familial

Portraits d'aidants : femmes en train de manger

Paule n’est pas malade, Gisèle et Béatrice le sont, l’une en raison de son âge, l’autre d’un handicap qui remonte à sa naissance. Aucun lien de parenté n’existe entre Paule et ces deux femmes mais un contrat de gré à gré, dans le cadre d’un accueil familial…

Paule n’est pas malade, Gisèle et Béatrice le sont, l’une en raison de son âge, l’autre d’un handicap qui remonte à sa naissance. Aucun lien de parenté n’existe entre Paule et ces deux femmes mais un contrat de gré à gré, dans le cadre d’un accueil familial…

Paule accueille Gisèle et Béatrice à temps plein, pour une durée indéterminée. Après plus de 20 ans dans la restauration, à organiser banquets sur banquets, Paule a connu une forme de « burn out » et décidé d’arrêter cette activité éreintante pour profiter autrement de la vie, de sa famille et de sa maison à la campagne. Lasse du parcours du combattant d’une quinqua à la recherche d’un emploi, elle s’est tournée vers une activité exercée par plusieurs familles de son village et des alentours : l’accueil familial. J’avais l’exemple de ma sœur qui fait cela depuis des années mais je voulais que l’idée vienne aussi de mon mari qui, s’il ne s’occupe pas de Gisèle et Béatrice comme je le fais, les accueille sous nôtre toit

Paule s’est adressée au Conseil Départemental pour obtenir son agrément et entreprendre sa reconversion. Je voulais enfin avoir du temps pour ma fille et ma maman qui vivent dans le village. J’avais un métier au contact des autres mais je n’étais jamais chez moi. Aujourd’hui, Paule passe le plus clair de son temps chez elle. Elle n’a jamais pris beaucoup de vacances et peut encore moins le faire à présent, avec ses hôtes dont elle est responsable, de jour comme de nuit, 7 jours sur 7 (en dehors du samedi pour Béatrice), tout au long de l’année. C’est la première fois depuis 5 ans que j’accueille en même temps une personne âgée et une personne handicapée. Trente années les séparent et cela ne va pas sans poser de problèmes. Elles cohabitent depuis 8 mois ensemble mais elles ne se sont pas choisies. On m’avait proposé d’accueillir également un jeune homme handicapé d’une vingtaine d’années. En dehors du fait que je n’ai pas de troisième chambre au rez-de-chaussée, je ne trouvais pas que c’était une bonne idée pour ce jeune garçon de se retrouver en pleine campagne, sans aucun jeune à proximité…

Paule doit veiller au maintien de l’activité, même réduite, de Gisèle, âgée de 83 ans, et à la reprise d’activité de Béatrice, arrivée chez elle à un moment où elle ne marchait même plus. Je ne peux pas assurer le même accueil, c’est à moi de m’adapter. Gisèle a essentiellement besoin d’une présence réconfortante et de sécurité. Béatrice, elle, requiert de la stimulation et il faudrait qu’elle puisse bénéficier de demies journées d’activités à l’extérieur.

Jusque récemment, Béatrice était hébergée dans un foyer pour personnes handicapées et travaillait dans un ESAT. En raison de troubles caractériels et de nouveaux problèmes de santé, ces deux structures ne convenaient plus. C’est dans ce contexte que sa tutrice a opté pour la solution de l’accueil familial et trouvé avec Paule un  accueil bienveillant, calme et suffisamment solide pour gérer Béatrice dans ses périodes agitées. Au foyer, elle était ingérable. Et j’avoue que je dois faire face à un jeu psychologique auquel je n’ai pas été formée. J’apprends « en faisant » et je fais tout pour ne pas me placer comme une maman de substitution, d’autant plus que Béatrice a mon âge. Heureusement, quand j’ai un réel problème de comportement, je peux compter sur sa tutrice, une personne de sa famille, qu’elle écoute et qu’elle craint un peu. Béatrice recherche une exclusivité que je ne peux pas et ne veux pas lui donner. Elle doit comprendre que je m’occupe aussi de Gisèle, de mes petits-enfants que je garde souvent à la maison et qui apporte beaucoup de vie ici.

Parce que Béatrice recherche une exclusivité et se montre jalouse, Paule est bien décidée à s’appuyer plus régulièrement sur une remplaçante agrée. Si elle ne l’a pas fait jusqu’ici de manière régulière, c’est en raison du coût financier des remplacements. L’accueil familial est une solution moins onéreuse pour les familles que le choix de l’établissement. Je me mets à la place des familles qui n’ont pas forcément de gros revenus et je suis heureuse de proposer un accueil plus accessible. Pour moi, cela veut dire de mettre une croix sur nombre de sorties.

En dehors de l’ajustement à la personnalité de Béatrice, Paule vit des moments qu’elle apprécie beaucoup. L’accueil familial n’est pas qu’une solution d’hébergement et l’accueillant se doit d’être présent et de proposer des activités adaptées aux envies et aux capacités des personnes accueillies.  Je dois concilier les aspirations de Béatrice qui ne tient pas en place et voudrait être tout le temps de sortie, avec celles de Gisèle qui aime faire du coloriage, regarder des jeux à la télé et sentir une présence autour d’elle.  C’est un difficile équilibre à trouver. Le matin, Béatrice s’investie en cuisine ou m’aide sur certaines tâches ménagères. L’après-midi, j’essaie de leur trouver des occupations mais leur concentration est limitée. Les meilleurs moments, cela ne vous surprendra pas, se déroulent autour d’une table, pour un anniversaire ou une partie de crêpes avec mes petits-enfants. La nourriture est une chose importante pour mes deux hôtes. Pour des raisons médicales, l’une et l’autre ont un régime à suivre et elles le vivent difficilement car bien manger reste un plaisir. Je sais de quoi je parle, j’ai passé des années à organiser des repas de fêtes qui sont avant tout des moments de partage… Paule les incite donc à faire attention mais sans les priver d’un plaisir qui leur est encore accessible.

à la question de savoir si Paule envisage d’accueillir sa maman sous son toit si, un jour, cela était nécessaire, elle avoue ne pas être sûre. Je n’ai pas d’idée préconçue. Mais j’y réfléchirai bien et j’en parlerai longuement avec mon mari. Ou peut-être que ce choix s’imposera pour des raisons financières. Et puis Paule s’interroge sur la juste distance pour être une bonne « aidante » familiale. Une distance qu’elle semble avoir trouvé, en tant qu’accueillante professionnelle avec Gisèle et Béatrice, pour le bien des trois...

En résumé

Par choix de vie, pour se rapprocher et pouvoir s’occuper plus facilement de sa maman et de ses petits-enfants, Paule s’est reconvertie dans l’accueil à domicile de personnes fragilisées qui ne peuvent plus rester à domicile ou n’ont pas d’autre structure d’accueil possible. Un métier d’aidante, exigeant, qui demande disponibilité et ressources psychologiques ….

Le conseil de Béatrice

Béatrice, au vu de son expérience, conseille de ne pas entreprendre un accueil familial sans le consentement des siens qui seront forcément concernés par la disponibilité nécessaire de l’accueillant.

Et vous ?

Pensez-vous, comme Béatrice, que l’accueil d’un parent à son domicile est bien différent de l’accueil de personnes sans lien de parenté ? Comprenez-vous ce qu’elle entend par la « distance nécessaire » ? Avez-vous des exemples ?