Quelle représentation du rôle des aidants ?

Aidants : Serge Guérin

Rencontre avec Serge Guérin, Sociologue, Spécialiste des questions liées au vieillissement de la société et aux enjeux de l'intergénération.

Rencontre avec Serge Guérin, Sociologue Spécialiste des questions liées au vieillissement de la société et aux enjeux de l'intergénération.

Copyright : S. Ortola

Quelle représentation a-t-on du rôle des aidants dans notre société ?

Aujourd'hui, les aidants informels forment une figure majeure de la société du soin. Ils assument une grande part du soutien et de l'attention auprès des plus fragiles, personnes vieillissantes, malades chroniques ou personnes en situation de désavantage.

Ces "soutiers" du care bénéficient d'une bien faible reconnaissance sociale alors que leurs rôles sont multiples et absolument nécessaires à l'économie générale du soutien au soin. Il est symptomatique, par exemple, de voir qu'aujourd'hui les professionnels de santé les considèrent comme de véritables partenaires de soins : c'est ce qu'affirment 70% des aidants, selon les résultats du panel BVA/Fondation Novartis.

Pourquoi n'assiste t-on pas plus à l'émergence de groupes, de représentations d'aidant organisés ?

Cela évolue, il y a des regroupements sur le plan local, des cafés des aidants, une Association nationale… France-Alzheimer a permis une prise de conscience des familles et le développement d'un maillage territorial important. Mais il est vrai que les aidants vivent souvent leur situation comme quelque chose de très personnel, de difficilement communicable.

Il y a aussi la diversité de situation qui ne favorise pas une approche fédérative des aidant(e)s. Soulignons aussi que beaucoup de personnes n'ont pas conscience d'être une ou un aidant. Par ailleurs, il est difficile de se projeter dans l'avenir, de savoir combien de temps la situation peut durer, ce qui rend aussi le partage de l'expérience plus complexe pour beaucoup de personnes.

Dans quel modèle de société sommes nous?

Il faut dire, d'abord, que les aidants exercent une incroyable mission de service public à titre bénévole et sans grand secours de l'Etat. C'est un vrai et beau sujet politique : l'Etat qui recule partout, laisse aux familles, à l'entourage, le « soin » de faire face à ces situations pénibles et délicates. Souvent à cet abandon, s'ajoute un discours moralisateur expliquant que c'est un devoir moral d'agir auprès du proche malade ou vieillissant. Cette situation est-elle « normale » ? Comment doit-on articuler solidarité de proximité et solidarité collective ?

Face aux aidants, il y a plusieurs niveaux d'intervention à situer : les collectivités territoriales et l'entreprise, l'Etat. C'est la question du statut de l'aidant, des moyens à mettre en œuvre (lieux de répit, valorisation et formation, accompagnement social et psychologique, soutien à la conciliation vie professionnelle et vie d'aidant…) pour accompagner ces personnes.

Une grande partie des aidants, 46% exactement, exercent une activité professionnelle. Plus que d'assurer la conciliation vie d'aidant et vie professionnelle, il faut penser en termes de prise en compte par les entreprises des contraintes et des apports des aidants. On ne sort pas indemne de cette expérience mais plus riche de connaissance, d'interrogations et d'attention aux autres. Cela implique que les entreprises prennent leur part : politique de sensibilisation de l'encadrement, formation et e-coaching, prise en compte de la situation pour faciliter les aménagements d'horaires et le passage à temps partiel…

En savoir plus: 

Source

Serge Guérin, Sociologue
Professeur à L'ESG Management School

La nouvelle société des seniors, Michalon, 2011

Rédacteur en chef de la revue de recherche en proximologie Réciproques