Cancer : Travailler pendant les traitements

Cancer - jeune femme au travail

Le cancer touche 1,33% de la population active. Comment concilier travail et traitements ? Quelles sont les motivations de ceux qui préfèrent ne pas s’arrêter ? Mon proche peut-il perdre son travail à cause de la maladie ? Comment puis-je moi-même l’aider ? Voici les réponses aux questions que vous vous posez.

Le cancer touche 1,33% de la population active. Comment concilier travail et traitements ? Quelles sont les motivations de ceux qui préfèrent ne pas s’arrêter ? Mon proche peut-il perdre son travail à cause de la maladie ? Comment puis-je moi-même l’aider ? Voici les réponses aux questions que vous vous posez.

Faut-il le dire à son employeur ?

Non: la loi n’oblige pas les employés à informer leurs employeurs de leur état de santé. Cela reste un secret entre le malade et le médecin du travail. Les études menées sur la question[1] montrent d’ailleurs que, pour 63% des salariés qui ont été touchés par la maladie, le cancer représente un tabou dans l’entreprise. Cependant seuls 17% d’entre eux l’ont caché à leur entourage professionnel.

Est-il possible de continuer à travailler pendant les traitements ?

De mieux en mieux ciblés, les traitements sont aujourd’hui de mieux en mieux supportés. Il n’empêche, douleur, épuisement et même organisation des soins (éloignement du centre de prise en charge, horaires) obligent la grande majorité des malades à s’arrêter. Ainsi seuls 15% à 33% (selon les études) des salariés concernés continuent de travailler. Plusieurs raisons à ce choix: la peur de perte de revenu, l’envie de continuer à vivre « comme avant », la peur de perdre son emploi ou son statut professionnel, la possibilité d’aménager le poste de travail ou de travailler à mi-temps. Toutefois, près de 100 % des professionnels exerçant en libéral restent, eux, actifs par nécessité.

Comment obtenir un temps partiel thérapeutique ?

Il faut avant tout demander l’accord de principe de son employeur (s’il le refuse, votre proche peut se faire aider par les syndicats, le médecin du travail ou les services sociaux de l’entreprise). Une fois cet accord obtenu, le médecin traitant doit établir une prescription précisant les modalités souhaitées du temps partiel qui est envoyée au médecin conseil de la Sécurité sociale. Celui-ci accepte ou refuse (dans ce cas, il est possible de faire appel) et détermine la durée du temps partiel qui ne peut excéder 1 an, éventuellement prolongeable dans le privé mais pas dans la fonction publique. Il fixe également le montant des indemnités journalières sensées compenser la baisse de revenus.

Peut- on être licencié pendant sa maladie ?

En principe non puisque l’article 225-1 du Code pénal empêche toute forme de discrimination et encore moins s’il est en arrêt de travail. Toutefois la jurisprudence montre que les licencements sont acceptés lorsqu’il est montré que l’absence prolongée ou répétée d’un employé pendant une longue durée perturbe le fonctionnement de l’entreprise. Si votre proche est déclaré inapte au travail qu’il exerçait, il peut, par le truchement du médecin du travail demander un aménagement de son poste.

Les revenus seront-ils modifiés pendant la maladie ?

Tout dépend du statut (CDI, CDD, intérimaire, vacataire, indépendant etc). Les mieux protégés sont les salariés (du privé ou pas) en CDI qui bénéficient via leur employeur ou leur complémentaire santé d’un complément aux indemnités journalières versées par la Sécurité sociale en cas d’arrêt maladie ou de temps partiel thérapeutiques. Mais plus de la moitié des salariés ont vu leurs revenus baisser pendant la maladie. Par ailleurs, dans le cas des travailleurs indépendants, les artisans et commerçants peuvent toucher des indemnités journalières via le RSI (Régime social des indépendant), celles-ci représentent la moitié des revenus moyens sur 3 ans et sont plafonnées à 52,11€ par jour. Les professions libérales, elles, ne sont pas indemnisées du tout et seules les assurances personnelles peuvent compenser en partie la perte de revenus due aux absences ou à la fatigue. Ils font donc partie des 7% de malades actifs non indemnisés et donc de ceux qui restent mobilisés pendant la durée de la prise en charge de leur cancer.

Comment puis-je aider ?

Cette question de la conciliation entre travail et maladie n’est pas simple pour l’aidant. Qui voit son proche, exténué par sa chimiothérapie, continuer de travailler. Il peut avoir envie de le protéger en l’incitant à rester à la maison en étant parfois insistant, ce qui peut être source d’angoisse de part et d’autre et de conflit. La réaction du malade dépend à la fois de son rapport à son travail (est-il très impliqué ? Le travail fait-il partie de son identité ? Est-il obligé de continuer à travailler ce qui est le cas par exemple s’il n’a pas d’indemnités journalières) et de son rapport à la maladie. En effet, continuer de se rendre au bureau, c’est d’une certaine façon nier la maladie, la mettre à distance. Ce peut être important pour éviter l’effondrement. Un certain degré de déni, comme mécanisme de défense, est en effet,  parfois, nécessaire pour continuer à faire face. D’autre part, la vie professionnelle, si elle est satisfaisante, est source de plaisir et de lien social. Tout dépend donc de la situation. Il est important en tout cas pour l’aidant de pouvoir s’exprimer, de dire par exemple « Je suis inquiet(ète) pour toi » , ou « il me semble que tu en fais trop, essaie de plus te reposer. »  D’autant que, lorsque le malade continue de menier ses activités extérieures, c’est souvent à la maison que le masque tombe et qu’il montre sa souffrance et sa fatigue. Les seuls moments ensemble sont alors vécus douloureusement.

L’avis de l’oncologue est intéressant car il peut expliquer au malade comment mieux prendre soin de lui-même. Mais parfois la participation à un groupe de parole ou la rencontre avec un psychologue peut aider à ce que chacun entende le désir de l’autre et comprenne les ressources que chacun met en œuvre pour surmonter l’épreuve.  

 

En savoir plus: 

[1] 3ème Rapport de l’Observatoire sociétal des cancers 2014 édité par la Ligue Nationale contre le cancer et le Plan de Lutte contre le cancer 2014-2019 (sur http://www.ligue-cancer.net/article/27634_3e-rapport-de-lobservatoire-societal-des-cancers) et « Travailler avec un cancer" réalisée en 2009 par le Centre d'études de l'emploi et cofinancée par l'Institut national du cancer (Inca) et l'Association pour la recherche sur le cancer (ARC).

Juris Santé, une association constituée de juristes spécialisés en droit de la santé et droit social, spécialisée dans l’accompagnement des personnes fragilisées par la maladie et à leurs proches aidants.

Cancer At Work, ne association dont les missions visent à favoriser l’insertion, le maintien dans l’emploi et la qualité de vie professionnelle des personnes touchées par un cancer

La plate-forme d’information de l’ARC (Association de Recherche contre le Cancer).