Dossier : Maladies psychiques

L’enfant face à la maladie psychique d'un parent

 Maladie psychique : mère et fille enlacées

Dépression, maladie bipolaire, schizophrénie… En France, 2 millions de personnes souffrent de troubles psychiatriques sévères. Une situation qui n’est pas sans effet sur la famille et notamment sur les plus jeunes. Si votre conjoint(e) est concernée par la maladie psychique, voici quelques pistes pour mieux comprendre et accompagner vos enfants en fonction de leur âge.

Dépression, maladie bipolaire, schizophrénie… En France, 2 millions de personnes souffrent de troubles psychiatriques sévères. Une situation qui n’est pas sans effet sur la famille et notamment sur les plus jeunes. Si votre conjoint(e) est concernée par la maladie psychique, voici quelques pistes pour mieux comprendre et accompagner vos enfants en fonction de leur âge.

En mettant en difficulté le parent dans son rapport avec son environnement, la maladie psychique affecte de fait ses relations avec ses enfants. Comment? Tout dépend de l’âge de l’enfant c’est-à-dire du moment de sa propre construction psychique. Toutefois, à chaque fois, il sera possible de mettre en place des dispositifs, des attitudes pour accompagner et soutenir le lien indispensable entre l’enfant et son parent. Et surtout n’oubliez pas, vous-même, de vous faire aider et écouter si vous sentez que vous atteignez vos limites.

De 0 à à 3 ans

« Le risque à cet âge est que le parent ne parvienne pas à entrer réellement en lien avec son bébé. La maladie peut perturber sa disponibilité psycho affective, sa capacité à décoder les besoins du tout-petit. La mise en place de l’attachement peut alors être compliquée. », constate Nicole Haccart directrice du centre de formation « Santé mentale et psychoéducation »[1].  Vous pouvez bénéficier de l’intervention d’une auxiliaire de vie, d’une Technicienne  D’intervention Sociale et Familiale, du centre de PMI (protection maternelle et infantile), voire de la psychologue de la crèche. Ces professionnels sont formés pour soutenir la parentalité, c’est-à-dire aider le parent malade à tisser des liens avec son enfant. Les interventions des TISF se déroulent à domicile, parfois jusqu’à 2 à 3 heures, plusieurs fois par semaine. Vous-même avez  évidemment votre plein rôle à jouer auprès de votre bébé. Toutefois, si vous avez l’impression d’être vous-même envahi(e) par la maladie de votre conjoint(e), vous pouvez également être soutenu(e) dans vos toutes premières interactions avec votre tout-petit.

De 3 à 6 ans

« Si le parent maladie est pris dans une problèmatique qui l’empêche d’être disponible à son enfant, cela peut avoir un effet sur la constitution de l’estime de soi de celui-ci. Par ailleurs, c’est l’âge de la socialisation, elle peut être pertubée par des phobies sociales d’un parent. », estime Nicole Haccart. « Il est important, alors, qu’un ou des tiers interviennent. Pour poser des mots sur ce que l’enfant vit, et lui permettre de comprendre les réactions de son parent, ne pas s’en sentir coupable. Il s’agit également de le soutenir, d’ être pour lui à la fois une ressource sur laquelle s’appuyer et un modèle. » La famille dans sa globalité, et chacun de ses membre peuvent jouer ce rôle. Il est aussi interessant de se tourner vers des associations de familles de malade, comme l’Unafam[2] qui organise des groupes de paroles de parents, d’enfants, mais aussi de grands-parents. Les grands-parents peuvent constituer un point d’appui important pour vous, n’hésitez pas à faire appel à eux.

De 6 à 12 ans

« L’enfant commence à se poser des questions sur la différence, à être attentif au regard que les autres posent sur son parent malade, à la stigmatisation. Mais il peut également souffrir du retrait du parent, il peut avoir l’impression que son père ou sa mère malade ne l’aime pas, qu’il ou elle se désintéresse de lui. Il est important alors qu’un professionnel, qu’une personne de l’entourage, l’autre parent, ou idéalement que le parent lui-même touché, pose des mots. L’enfant doit entendre que c’est la maladie qui brouille la relation, qui empêche son papa ou sa maman d’occuper sa place. », insiste Nicole Haccart. « A cet âge il est également fondamental de chercher des leviers du côté de l’enfant : une activité qu’il lui fait plaisir, dans laquelle il va se sentir épanoui, valorisé, et à travers laquelle il va construire son indépendance, loin de la maison. » Si vous l’inscrivez à la musique, au foot, ou à la danse par exemple, il est important de suivre ses progrès, de venir l’encourager lors des manifestations publiques, il a besoin de voir votre fierté.

L’adolescence

« Bien sûr, il s’agit d’une période compliquée car le jeune qui a besoin de s’affirmer peut ressentir une culpabilité à se détacher. », explique Nicole Haccart. Des craintes de reproduction de la maladie du parent peuvent également survenir, dans ce moment de construction de soi. Tous les soutiens et supports d’identification qui auront été mis en place pendant l’enfance prendront alors toute leur importance. « L’autre difficulté à l’adolescence est que le jeune devienne agressif avec un parent qui n’est pas assez solide pour « tenir ». A cet âge, les adolescents ont besoin d’éprouver des limites qui les contiennent et contiennent leurs angoisses. » Là encore des groupes de paroles adaptés aux adolescents sont utiles. Le groupe a en effet une vertu d’apaisement et de contenance : on s’aperçoit que l’on n’est pas seul à souffrir de situation incommunicable, que d’autres, des pairs, vivent la même chose. Mais les parents peuvent aussi se faire aider. La thérapie familiale, les groupes de paroles, les thérapies individuelles sont précieuses pour passer ce cap parfois difficile.

En savoir plus: 

A lire

« Petite oursonne et son papa », de Claire Frossard, édité et distribué par l’Unafam au prix de 5€. http://www.unafam.org/Petite-Oursonne-et-son-papa.html

« Frères et sœurs face aux troubles psychotiques » sous la direction de Hélène Davtian, également édité et distribué par l’Unafam (9,50€) http://www.unafam.org/Freres-et-soeurs-face-aux-troubles.html

Schizophrénie au quotidien de Jean-Claude Benoît aux éditions ERes. 23 €.

Site utile

psycom.org